Cinq cents euros pour une paire de chaussures de trail. Adidas l'assume. La Terrex Agravic Speed Ultra Evo devient la chaussure de course en sentier la plus chère jamais vendue en France, et elle le revendique comme un argument, pas comme une gêne. Chez RunMorph, la question n'est pas si elle vaut ce prix dans l'absolu. Elle est de savoir pour quel coureur, sur quel terrain, ce prix se justifie, et pour qui il ne se justifie clairement pas.

© Adidas, photo officielle utilisee a des fins editoriales
Une stratégie assumée : transposer la lame de marathon sur les sentiers
Adidas a construit sa gamme route autour d'une idée simple : vendre une chaussure de record, l'Adizero Adios Pro Evo 3, puis en décliner la technologie vers le bas. La Terrex Agravic Speed Ultra Evo applique la même logique au trail. Elle reprend l'architecture du double Energyrim pensée pour la route : deux lanières de matériau chargé en carbone qui courent le long du chant de la semelle jusqu'à la pointe. Adidas la pose cette fois sur un terrain où rien n'est plat ni prévisible.
Le pari est risqué sur le papier. Une route ne bouge pas sous le pied. Un sentier, si. Treize athlètes du groupe international adidas, dont l'ultra-traileuse Ruth Croft, ont participé au développement, et la paire a fait ses débuts autour de l'UTMB fin août 2026. Depuis, la chaussure est sortie dans un circuit de distribution volontairement restreint. Peu de paires, peu de revendeurs, un prix qui filtre déjà une bonne partie des acheteurs potentiels.
Déjà au catalogue RunMorph, l'Agravic Speed Ultra 2 occupait le haut de gamme carbone chez Adidas trail. L'Evo ne la remplace pas : elle se place au-dessus, sur un segment de niche assumé comme tel.
Fiche technique de l'Agravic Speed Ultra Evo

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| Caractéristique | Valeur |
| Marque | Adidas |
| Modèle | Terrex Agravic Speed Ultra Evo |
| Sortie | 24 août 2026 (quantités limitées) |
| Usage | Trail rapide, terrain roulant à modérément technique, 50 à 100 km |
| Drop | 6 mm |
| Stack | 39 mm au talon, 33 mm à l'avant-pied |
| Poids annoncé | 250 g (taille standard) |
| Poids mesuré | 254 à 266 g selon la pointure testée, dans deux relevés distincts |
| Mousse | Lightstrike Pro (TPEE) moulée, double couche |
| Renfort | Double EnergyRim carbone, sans tige ni plaque intégrale |
| Semelle | Gomme Continental, crampons orientés vitesse |
| Tige | Mesh tissé Trailock, guêtre intégrée, laçage Sawtooth |
| Prix | 500 € |
Le poids affiche un petit écart entre l'annonce et le terrain : 250 g promis, 254 g relevés par un testeur allemand en pointure UK 8,5, jusqu'à 266 g chez un testeur américain en US 10,5. Rien d'alarmant, six à seize grammes selon la pointure, mais de quoi rappeler qu'une fiche produit reste une moyenne, pas une promesse individuelle.
Le double EnergyRim : pourquoi cette Adidas n'a ni plaque ni tige carbone
C'est le vrai changement technique de cette version. Les générations précédentes de la gamme Speed Ultra s'appuyaient sur des tiges en carbone noyées dans la mousse. L'Evo les abandonne. À la place, deux éléments chargés en carbone courent séparément le long du bord latéral et du bord médial de la semelle, jusqu'au bout du pied, sans se rejoindre au centre. Adidas revendique 15 % de déformation fonctionnelle en plus sous le pied et 10 % de retour d'énergie supplémentaire par rapport à la Speed Ultra 2.
Sur le papier, l'idée répond à un vrai problème des plaques pleine longueur en trail : leur rigidité uniforme encaisse mal un relief qui change à chaque foulée. En séparant les deux rives, Adidas espère un chassis qui s'adapte latéralement au dévers tout en gardant la propulsion d'une plaque sur l'axe avant-arrière. Les premiers relevés confirment une partie du pari. Une réserve de taille se développe plus bas dans l'article : un rim qui dépasse jusque sous le petit orteil, côté extérieur, peut aussi devenir une barre rigide. Elle concentre alors la pression au mauvais endroit en virage serré.
Le chaussant : un laçage qui marque les orteils chez certains pieds
La tige en mesh tissé Trailock, à élasticité unidirectionnelle, serre le médio-pied sans comprimer l'avant. La guêtre intégrée, en matériau proche du latex, ferme bien la cheville et limite les projections de cailloux. Deux relevés indépendants saluent un chaussant performance, pas étouffant, avec un bon maintien du talon malgré l'absence de contrefort rigide classique.
Un point de friction concret revient pourtant dans un test terrain. Les soudures situées à la base du laçage marquent le dessus des deux gros orteils, une sensation que le testeur concerné compare à une râpe à fromage, malgré l'usage d'une crème anti-frottement. La chaussure déconseille donc d'elle-même les pieds à oignons ou à fort volume, qui risquent une gêne précoce sur de longues distances.

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Le conseil de RunMorph : avant d'investir 500 euros, compare ton propre volume de pied à celui que décrivent les retours terrain. Si tu as déjà eu des points de pression à l'avant-pied sur une Agravic Speed Ultra 2, cette Evo ne va probablement pas arranger les choses.
Le test terrain : des avis qui divergent franchement sur la stabilité
C'est le point le plus net de cette chaussure, et chez RunMorph on préfère le dire sans le lisser. Un test terrain mené en binôme, avec deux testeurs chaussant la même paire sur des sorties distinctes, aboutit à deux lectures presque opposées. Le premier testeur qualifie la chaussure de peut-être la plus rapide jamais produite pour la course en sentier, avec un milieu de semelle qu'il décrit comme souple et nerveux à la fois. Il relève une réserve précise. Le rim latéral, trop présent sous le petit orteil, crée une pression marquée en virage serré ou sur surface instable. Le maintien du talon, lui, reste juste correct.
Le second avis, sur la même paire et le même modèle, va nettement plus loin dans la réserve. Sur tout terrain un peu irrégulier ou non entretenu, la chaussure est jugée trop instable. La testeuse rapporte des chevilles qui tournent à chaque appui, en dehors des portions les plus lisses. Elle dit avoir préféré marcher certaines descentes techniques plutôt que risquer une entorse.
Un relevé indépendant allemand, publié début octobre 2026 sur un exemplaire distinct, penche vers une troisième lecture. La plateforme plus large que sur la Speed Ultra 2, combinée aux deux rims séparés, donnerait une stabilité perceptible malgré l'épaisseur de mousse. De quoi dépendent ces écarts ? Vraisemblablement de la foulée et du gabarit du testeur. Un appui franc et régulier tire parti du rocker marqué. Un appui plus instable, ou une cheville moins verrouillée, expose davantage au défaut du rim latéral. Chez RunMorph, cette divergence pèse directement sur la note stabilité ci-dessus : elle reste moyenne, et clairement pas acquise pour tous les profils.
Défaut majeur : une stabilité qui ne fait pas consensus
Au-delà du désaccord entre testeurs, un paramètre géométrique précis explique la critique la plus sévère. Le rim latéral de la semelle dépasse jusque sous le cinquième orteil plutôt que de s'arrêter au niveau du gros orteil. Cette extension rend la lisière extérieure de la semelle rigide sur une zone où le pied a justement besoin de souplesse pour absorber un appui de travers. Résultat concret : en virage serré, sur racine ou sur caillou roulant, la pression se concentre sur le bord externe du pied au lieu de se répartir. Un coureur à appui franc et régulier compense sans y penser. Un coureur dont la foulée varie en fin de sortie, par fatigue, le ressent davantage.
Défaut majeur : une guêtre qui ne tient pas la distance

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Le second point faible touche la durabilité, et il se vérifie sur plusieurs terrains d'essai distincts. La guêtre intégrée, en matériau proche du latex, ferme la cheville et bloque les débris. Entre le soixante-cinquième et le soixante-quinzième mile d'usage, elle s'est pourtant déchirée sur les deux chaussures d'une même paire testée en conditions réelles. Un relevé allemand distinct, sur un exemplaire différent, pointe de son côté une usure rapide de la mousse au contact répété des pierres. Sa conclusion est nette : ce n'est pas une chaussure pensée pour courir mille kilomètres. La semelle extérieure, elle, tient mieux : aucun signe d'usure marquant relevé à 75 miles chez un testeur, et un ressenti encore frais après un ultra de 50 km en altitude chez un autre. Le point faible se situe donc moins dans la gomme que dans la guêtre et, selon les terrains, dans la mousse exposée aux pierres.
Agravic Speed Ultra Evo vs Agravic Speed Ultra 2 : le comparatif
| Critère | Speed Ultra 2 | Speed Ultra Evo |
| Renfort | Tiges carbone (EnergyRods) | Double EnergyRim, sans tige |
| Poids annoncé | Plus lourde | 250 g, environ 5 % de moins |
| Retour d'énergie | Référence gamme | +10 % annoncé par la marque |
| Prix | Nettement inférieur | 500 € |
| Positionnement | Polyvalente, entraînement et course | Course pure, terrain roulant |
La lecture simple : si tu possèdes déjà l'Agravic Speed Ultra 2 et qu'elle te convient, rien dans les retours actuels ne justifie de passer à l'Evo pour l'entraînement. L'écart de prix est trop important pour un gain de dynamisme qui ne profite qu'à une poignée de profils de course bien précis.
Agravic Speed Ultra Evo vs la concurrence directe

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La lecture simple, encore une fois. Une testeuse l'a formulé sans détour dans son propre retour : d'autres super-shoes trail à 220 ou 230 euros offrent un avantage de vitesse comparable, avec davantage de stabilité en prime. La Hoka Tecton X 3 et la Salomon S/Lab Pulsar 4 coûtent moins de la moitié du prix et ne sacrifient pas la stabilité au même degré. L'écart de 270 à 280 euros ne se justifie, chez RunMorph, que si la dynamique pure de l'Evo compte plus que tout le reste dans ta décision.
Notre avis terrain : pour qui, pour quelle course ?
Cette Adidas ne cherche pas à plaire à tout le monde. Elle vise un coureur précis : rapide, à l'appui régulier, qui court des trails roulants ou modérément techniques sur des distances allant de 50 à 100 kilomètres, et qui n'a pas besoin d'être rassuré sur chaque appui. Pour ce profil, les retours convergent sur un vrai gain de vitesse. Pour un coureur au pied instable, à la cheville fragile ou simplement en quête d'une chaussure passe-partout pour l'entraînement, les mêmes retours pointent vers un autre choix du catalogue.
Le conseil business RunMorph : si tu prépares une course rapide sur sentier roulant, un ultra-trail à faible dénivelé technique ou une course type 80 km sur pistes forestières, nos
programmes d'entraînement trail RunMorph t'aident à construire le volume et l'allure qui justifient réellement ce type de chaussure, plutôt que de l'acheter sans plan derrière.
Verdict du Coach RunMorph
La Terrex Agravic Speed Ultra Evo tient une partie de sa promesse. Le double EnergyRim pousse fort, le poids reste contenu malgré un stack généreux, et le chaussant convainc la majorité des retours. Mais une chaussure de trail qui divise deux testeurs d'un même test sur un point aussi central que la stabilité ne peut pas prétendre au haut du barème. Un élément de la tige qui cède avant 100 km confirme ce plafond, quel que soit le tarif annoncé. 6,8/10. Un bon produit de niche, pas une référence universelle, et certainement pas un achat qui se justifie par le seul montant de l'étiquette.